Avec les stations et pylônes du téléphérique urbain Câble C1, les architectes de l’Atelier Schall ont retenu une architecture volontairement contenue, qui mise sur la transparence, les reflets et la finesse apparente des enveloppes. Cette légèreté visuelle résulte d’un travail précis sur les matériaux et les détails. Un article à retrouver dans le numéro 175 de 5Façades. 

Un samedi matin de décembre, les cabines suspendues glissent au-dessus des toits, des routes et des voies ferrées du sud-est parisien. À Villeneuve-Saint-Georges, Limeil-Brévannes et Valenton, les curieux lèvent la tête, tandis qu’à Créteil – Pointe du Lac, ils assistent à l’arrivée des premières cabines. Inauguré le 13 décembre 2025, le premier téléphérique urbain d’Île-de-France – ligne Câble C1 – entre officiellement en service. Dans le paysage, les cabines suspendues forment une ligne continue. Au sol, cinq stations, points de contact entre l’infrastructure aérienne et la ville, jalonnent la ligne.

Sur 4,5 kilomètres, le Câble C1 franchit ce que les transports classiques ont toujours contourné : échangeurs routiers, faisceaux ferroviaires ou encore zones industrielles. Avec une fréquence inférieure à trente secondes et des cabines accessibles de plain-pied, le dispositif est calibré pour les déplacements quotidiens. Mais l’expérience commence avant l’embarquement, dès l’approche des stations.

« La conception architecturale a trouvé dans la symbolique de l’envol le leitmotiv de son écriture. »

Identité commune

Chargée de la conception architecturale des stations et des pylônes, l’équipe de l’Atelier Schall a en effet travaillé à un équilibre précis : apporter à la ligne une identité lisible, sans produire des objets standardisés.
« L’architecture des stations repose sur deux principes », expliquent les architectes. « Une écriture commune dans le dessin des auvents, des volumes techniques et des éléments de serrurerie, puis une matérialité propre à chaque site. »

Verre clair, inox brossé ou miroir composent le socle commun. Ces matériaux dessinent des volumes fins, transparents, volontairement peu démonstratifs. À cette trame s’ajoutent des matériaux plus bruts, choisis en fonction du contexte immédiat : béton, pierre, bois ou acier corten. Chaque station affirme sa personnalité sans rompre avec l’ensemble de la ligne.

« À chaque station son lieu, à chaque lieu sa matérialité » : acier corten, bois, béton architectonique ou pierre, choisis pour raconter des histoires simples et ancrées.

Légèreté

Vue depuis les quais, les stations, comme les cabines, semblent presque flotter. « La thématique de l’envol est centrale dans l’écriture architecturale des stations et pylônes du Câble C1. La volonté de proposer une architecture “légère” découle de l’envie de leur insuffler un effet de mouvement perpétuel », expliquent les architectes. Cette thématique se lit dans le dessin des auvents, dans la courbe des volumes techniques comme dans la silhouette des pylônes. Ceci étant : « La légèreté relève davantage de l’illusion que de la vérité structurelle. Il nous a fallu composer avec des ouvrages robustes tout en recherchant une finesse maximale. » Ainsi, les auvents s’étirent en courbes tendues, portés par de fines colonnes métalliques.

Les choix techniques traduisent cette recherche : colonnes inox de faible diamètre, vitrages spécialement développés pour atténuer les reflets et les épaisseurs, parois largement transparentes. Sous les auvents, des plafonds miroir prolongent cette sensation de flottement. Selon l’heure, la couleur du ciel, la végétation ou les conditions météorologiques, les stations changent d’aspect, captant leur environnement immédiat.

« Chaque station a été conçue comme un prolongement de l’espace public. » L’accès se fait sans rupture de niveau, sans escalier ni dispositif mécanique imposant. Les « zones d’envol », espaces paysagers situés sous la trajectoire des cabines, sécurisent le passage aérien tout en créant de nouvelles séquences urbaines.

« L’appropriation par les habitants a été un enjeu central », soulignent les architectes. Parvis, cheminements accessibles, gradins, assises et belvédères ponctuent les abords. Attendre, traverser, s’arrêter ou simplement regarder passer les cabines fait désormais partie de la vie du quartier.

« Chaque station développe une matérialité issue du contexte local afin de les rendre uniques et identifiables. »

Sobriété constructive

Les volumes bâtis ont volontairement été réduits au strict nécessaire. Le vocabulaire architectural reste sobre, lisible, sans effets spectaculaires. « La palette de matériaux est restreinte et cohérente. La simplicité des détails facilite l’entretien et garantit une meilleure tenue dans le temps », expliquent les concepteurs.

Cette approche rejoint une réflexion plus large sur la durée de vie des équipements : construire peu, construire juste, et permettre aux stations de traverser les décennies sans obsolescence prématurée. La robustesse des matériaux et la simplicité des dispositifs techniques répondent à cette logique.

Autre élément du projet : les 33 pylônes qui scandent le parcours. Leurs fûts blancs, effilés, sont coiffés d’éléments métalliques évoquant des ailes. Leur dessin accompagne visuellement le déplacement des cabines, sans chercher à dominer le paysage. Implantés avec précision, ils réduisent leur emprise au sol et s’intègrent aux espaces traversés, qu’ils soient urbains ou naturels.

« Chacun des pôles d’échange est donc perçu comme un événement dans le quartier, au-delà de la nécessité même de voyager. »

 

Avis d’expert – Atelier Schall, architectes « Lisibles dans la durée, mais aussi perceptibles dans l’instant »

« Concevoir les stations du Câble C1 nous a confrontés à une question rarement posée avec autant d’acuité : comment faire exister une architecture dans un projet où le mouvement est permanent et où le regard se déplace en continu. Contrairement à un bâtiment classique, la station n’est jamais perçue frontalement ni durablement ; elle est approchée, traversée, quittée. Cela nous a conduits à travailler sur des architectures lisibles dans la durée, mais aussi perceptibles dans l’instant. Nous avons accordé une attention particulière aux transitions – entre sol et infrastructure, entre espace public et espace technique – afin que les stations ne soient pas seulement des objets fonctionnels, mais des lieux appropriables. Cette réflexion sur l’usage, la maintenance et la pérennité est indissociable, selon nous, d’une démarche écologique pour réduire, simplifier et durer. »

Maître d’ouvrage : Île-de-France Mobilités

Architecte : Atelier Schall

AMO : Setec

Exploitant : Transdev