Ni ostentatoire, ni démonstratif, le collège Claudine Hermann à Massy s’insère avec discrétion dans un paysage boisé. Signé Ameller & Dubois, ce bâtiment tout en courbe associe béton et structure bois pour une architecture sobre, durable et parfaitement intégrée. Remarquable, un système d’isolation thermique (ITE) sous enduit habille finement les murs à ossature bois (MOB).

Une architecture sobre, performante, presque poétique. « Ce bâtiment n’impose rien, il propose un dialogue respectueux avec le paysage », résument les architectes.

En septembre 2024, le collège Claudine Hermann ouvrait ses portes à 800 élèves sur le site boisé de Vilgénis, à Massy, au terme de trois années de conception et de chantier. Ce 101ᵉ collège du département de l’Essonne s’inscrit dans un objectif de renouvellement urbain, mais aussi de haute qualité environnementale. Le terrain de 22 hectares sur lequel il est implanté est l’ancien Centre de formation des apprentis de l’aérien (CFAA), propriété d’Air France, lieu emblématique pour la ville et chargé d’histoire. « C’est un site que Jacques Dubois, fondateur de l’agence, connaissait intimement. Il y avait une mémoire du lieu, presque affective, qui nous a poussés à y intervenir avec humilité », racontent les architectes de l’agence Ameller & Dubois, Camille Henry et Stéphane Vedrenne. En zone ABF boisée, ce site exceptionnel a donc imposé à la maîtrise d’œuvre une posture de grande discrétion et de respect. Le collège s’inscrit comme un « fond de scène », dans les mots de ses concepteurs, sur un terrain en pente, dans une clairière préexistante.

Compacité, horizontalité et intégration paysagère

Le bâtiment proprement dit, qui forme un U, enveloppe une cour intérieure généreusement végétalisée. Le plan épouse la pente du terrain naturel pour minimiser l’impact sur le sol et éviter tout terrassement excessif. Cette implantation permet également de limiter la hauteur des bâtiments, favorisant une échelle domestique dans un contexte semi-forestier. Le socle en béton, lasuré d’un ton ocre terreux, s’ancre dans le relief et accueille les fonctions collectives : hall, restauration, locaux techniques, auditorium (intégré dans un bâtiment existant conservé). Il est surmonté de deux niveaux construits en structure bois, à l’architecture plus légère et largement vitrée. « L’idée était de créer un socle solide, minéral, protecteur, sur lequel vient s’installer une structure bois claire, respirante, ouverte sur le paysage », expliquent les architectes.

Le bâtiment repose sur un socle en béton lasuré, dont la teinte s’harmonise avec celle des terres environnantes.

Mixité bois-béton

Au plan technique, le projet repose sur une hybridation constructive. Le rez-de-chaussée est en béton coulé en place, avec noyaux porteurs et plancher béton. Il sert de base aux deux niveaux supérieurs construits en MOB (murs à ossature bois). Les planchers intermédiaires sont également en bois. Cette mixité permet de concilier robustesse et performance environnementale en superstructure. La façade bois est porteuse, ce qui renforce la logique d’une enveloppe cohérente. « Ce n’est pas du tout une façade décorative : ici, le bois structure vraiment le bâtiment au-dessus du socle béton », précise Camille Henry. Remarquable, les façades sont habillées d’un enduit taloché fin sur ITE, teinte blanc cassé, posé sur les murs bois. Cette finition apporte une lumière douce et une certaine abstraction qui contraste avec les teintes sombres de la forêt environnante. Et ce d’autant plus que les lignes du collège sont ondulantes. Cette géométrie fluide découle directement de l’insertion paysagère mais a posé de nombreuses problématiques techniques.

Problème n°1 : le joint de fractionnement entre béton et bois. « On avait une façade continue en tête. Mais dès la phase prototype, on s’est rendu compte qu’il fallait intégrer un joint de fractionnement horizontal entre le béton et le bois pour des raisons de dilatation différenciée », explique Camille Henry. Ce joint, traité avec un profil cintré en acier, a été fabriqué sur mesure par Artib, le façadier-serrurier du chantier. « Sa présence est aujourd’hui imperceptible grâce à une parfaite intégration sous les lignes de couvertines », précise Stéphane Vedrenne.

Problème n°2 : le cintrage du système ITE. Les façades courbes ont été réalisées avec des isolants en laine de roche cintrés sur site. Des entailles à l’arrière des panneaux ont permis de suivre les courbures sans générer de défauts d’alignement. « Le MOB est fabriqué en atelier, mais posé sur une dalle béton coulée sur site. Avec un bâtiment aussi long, il y a forcément des écarts de niveau. Il faut donc compenser. Et cela demande beaucoup de soin à la pose », souligne Stéphane Vedrenne. Le projet compte 5 rayons de courbure différents sur l’ensemble des façades. « Un travail d’optimisation géométrique important a été mené dès les phases de conception pour rationaliser les coûts et la pose ».

Pour répondre aux contraintes de cintrage, une solution spécifique a été mise en œuvre sur chantier : les panneaux isolants ont été cintrés manuellement avec précaution, afin d’éviter toute fissuration.

Les façades supérieures, elles, sont largement vitrées, avec des menuiseries mixtes bois-aluminium, de type Minco, et dans certaines zones, des vitrages cintrés. Le choix de vitrages bombés a demandé un traitement particulier pour maintenir une homogénéité visuelle, notamment là où l’intégration de BSO (brise-soleil orientables) était impossible. « On a dû recréer artificiellement, par serrurerie, une bande sombre pour donner l’illusion de continuité avec les zones protégées par BSO », détaille Stéphane Vedrenne. Le confort d’été a été traité par une quadruple stratégie : BSO motorisés pour les baies rectilignes ; volets roulants en appoint dans certaines zones ; vitrages peu émissifs et inertie thermique du béton en RDC.

Un chantier, soulignent les architectes, qui s’est bien passé, grâce à une parfaite collaboration entre les différents acteurs. Mention spéciale à l’entreprise Artib, qui a su résoudre de façon qualitative l’ensemble des problématiques techniques en façade.

Les menuiseries mixtes bois-aluminium apportent un maximum de lumière naturelle à l’intérieur. Le confort d’été est assuré par des brise-soleil orientables (BSO).

Maîtrise d’ouvrage : Département de l’Essonne
Architectes mandataires : Ameller & Dubois
Labels environnementaux : E3C1 / Biosourcé niveau 3 / Certification PassivHauss
Entreprise générale : Urbaine de Travaux
Façadier / serrurier : Artib

Sto célèbre ses 50 ans et distingue le collège Claudine Hermann

À l’occasion de ses 50 ans, Sto, spécialiste de l’isolation thermique par l’extérieur, a lancé une tournée régionale à la rencontre de ses partenaires, professionnels de la façade et architectes. Lors de la troisième étape, le 25 juin 2025 à l’École du Louvre à Paris, six acteurs du bâtiment d’Île-de-France ont été récompensés pour leurs projets remarquables. Le trophée « Un avenir responsable » a été décerné à Artib, Ameller & Dubois et Scoping pour le collège Claudine Hermann à Massy (91). Ce projet a été habillé du système StoTherm Mineral COB, appliqué avec un enduit taloché fin ton pierre au rendu naturel, particulièrement adapté aux lignes courbes de l’architecture. Ce système, sous avis technique, est destiné à l’isolation par l’extérieur des murs à ossature bois, conformes au NF DTU 31.2. Il se compose de panneaux de laine de roche fixés mécaniquement au support par vis à rosace, recouverts d’un sous-enduit mince à base de liant hydraulique armé d’un treillis en fibre de verre. Avec ce projet, le jury a souhaité récompenser la qualité architecturale remarquable, notamment dans le traitement des arrondis de façade rendu possible par le cintrage de l’isolant. Le jury a également salué le recours à des solutions durables : structure bois, isolant en fibre de bois et enduit fin.